Tant de choses imprévues vous arrivent, tant que vous avez l'impression que votre vie ne vous appartient pas. Vous ne maîtrisez plus rien. D'ailleurs, est-on sur d'avoir jamais maîtrisé quoique ce soit. Il est souvent difficile de reprendre notre respiration, de calmer les battements de notre coeur. Et le mien bat, mieux que jamais et battra fort, plus encore sur le long chemin qui doit me mener au bout de moi-même.
Tant de choses imprévues donc... depuis Melbourne. Un au revoir a Lili, un guide, un car, 10 backpackers et 3 jours plus tard, j'ai traversé la Great ocean road, les Grampians, vu mes premiers koalas en liberté, senti les forêts d'eucalyptus, et respiré le grand air à plein poumons en 2mn.
Quand on part ainsi en trip, les arrêts sont avant tout la pause photo du touriste de base. Il faut s'y préparer psychologiquement. Vous êtes un touriste de base, inutile de lutter ! J'ai préparé ma revolution silencieusement tout ce temps: Quelque peu égoïste, oisive, j'etais toujours la dernière à claquer la porte du van. Je me sens prise par l'immensité et à la fois frustrée de ne pouvoir m'y fondre comme l'infime particule que je suis. Nous ne faisons que repartir.
Le côté positif de ce trip, Lili pourra faire le même, pour son genou, ce sera very easy. Puis je me suis liée d'amitie avec Finola, manager chez Xerox au Royaume uni, qui réalise, après un mariage foireux et une carrière ennuyeuse, que la vie vaut mieux d'être vécue. Magnifique rencontre donc, ou tout est dit et tout reste a dire. Nous sommes arrivées le soir a Adélaide ne sachant trop que faire du lendemain.
Au petit matin, le temps etait mauvais. J'ai traversé la route, portée ou emportée par une sorte d'impatience. Il fallait que quelque chose se passe, emcore et plus vite. J'ai acheté mon billet de car pour Berri. Berribackpackers. Le paradis des routards qui veulent bosser et être récompensés pour tous les efforts de la journée. Vous arrivez après 3h30 de route et là, vous n'en croyez pas vos yeux. Piscine, sauna, hammacs, palmiers, maisons dans les arbres, terrain de foot, de volley, de tennis, salle de relaxation et de muscu, tippi indiens faisant office de chambre pour les uns, chambres lumineuses et propres, tellement spacieuses pour les autres, billards, ping pong, internet gratuit, sofa façon orientale d'un bout a l'autre du jardin, voiture et van mis à disposition, et même une caisse d'argent accessible a tous - sans clé!- pour faire de la monnaie.
Bouddha trone dans ce sanctuaire, remake du fameux film "la plage", sanctuaire dont on a du mal à se sortir. Essayez donc de vous relever du hammac qui vous berce doucement avec une légère brise qui vient tranquillement vous assoupir... Le confort peut parfois jouer sur le moral, berribackpackers, ca fait du bien, surtout à 20 dollars la nuit. Mais a Berri, il faut bosser dur pour se payer ce confort. L'alcool est ici à profusion. On parle, on danse, on s'amuse, on s'endort. Et on bosse pour se laisser croire qu'on va bien bientôt repartir. Il y a des gens là-bas qui y sont depuis 5 mois... Je retrouve quelques francais de Melbourne, Julien et Romeo, Gustavo le brésilien et Lewis du pays de Galles. Et, non loin, un barroudeur qui les a suivi dans leur trip a travers le desert... David from switzerland. Pas suisse pour un sou, pas d'accent, des origines tchèques et portuguaises, Aila, sa chienne, puis "la voiture".
"I don't care" en guise de plaque d'immatriculation, une phrase aborigène sur l'aile droite, des couleurs vives représentant le feu, l'eau et la terre... Je sais déjà que cette rencontre n'est pas fortuite. Je sais deja ce que je suis venue faire ici a Berri. Et ce n'était pas exactement une affaire de grappes.
Très vite, nous signons un pacte. Nous voyagerons ensembles. C'est ainsi dans nos tripes, comme ça qu'on le sent, qu'on veut le vivre.
Je déménage du Berribackpackers. Je m'installe dans ce qui fut un ancien backpackers, à Barmera, non loin de Berri. Là où David a parqué sa voiture, là ou nous allons nous découvrir, là où notre boss nous rejoint après chaque livraison de la marchandise à Adelaide. 10 $ la nuit. Il n'y a que nous au milieu des vignes et de rien. Pas de piscine, pas âme qui vive, que nous, comme seuls au monde, sous la voie lactée si belle.
Il faut que je vous parle de notre boss, Tim. Un homme incroyable avec une force peu commune et une ouverture d'esprit comme j'en ai rarement apprécié depuis mon arrivée.
Nous avons longuement parlé des aborigenes, du racisme en Australie ou de l'intolérance qui y règne, quelque soit le nom que l'on puisse donner à ce fossé qui sépare indéniablement les natifs des colonisateurs, Tim lui est une personne qu'il vous faudrait rencontrer. Pour le boulot, mais aussi pour ces échanges mémorables autour de quelques bières, cafés (ou autre... pour les intimes).
Le raisin a fait son temps. Mes mains à nouveau portent les stigmates mais c'est tout de meme plus facile que les pêches et les poires (moins de mouches, pas d'echelle, pas de clairon le matin. Ah oui mais des araignées de plus en plus grosses !!!)
David m'a prise sous son aile. Nous fusionnons. Nous partons. Nous allons nous perdre sur la route qui coure vers l'Ouest, vers Perth. Sur les plages vierges et turquoises, au fil de l'inspiration, du moment. Demain n'existe pas, n'existe plus.
Pour l'heure, nous sommes a Adelaide. Ma belle Lili. A fleur de peau. Nous nous quittons pour mieux nous retrouver. Vivre ce que nous avons a vivre chacune de son cote. .
Ouvre tes yeux belle enfant, la vie est precieuse. N'espère pas mais crois en toi. Je serai toujours avec toi sur le chemin. Crois-moi, quelque chose de meilleur nous attendra toujours quelque part.