L’émerveillement total après 5h30 de route via la très longue autoroute A6. Genève-Paris
Nous sommes partis sous la neige, nous arrivons accueillis par un ciel ensoleillé à peine nuageux. Il fait beau à Paris en cette fin d’hiver 2009 et mieux encore, je peux sentir les rayons réchauffer corps et âme.
J’ai l’impression d’avoir quitté Paris il y a une vingtaine d’années et de le redécouvrir après une absence contrainte, comme on retrouve son pays après la guerre.
Non que Paris soit en ruine, à feu et à sang... bien qu’un homme vienne de décimer toute sa famille avant de se suicider…
Non. Je redécouvre ses quartiers comme ceux des corps endormis après la première nuit d’amour. Je suis émerveillée. Comme saisie d’amour et de nostalgie. Chaque rue semble me livrer ses secrets. Je les prends comme je respire sans qu’un doute me vienne. Je sais où je vais aussi certainement que je devais naître pour être. Je suis à Paris. Je suis en Paris et Paris est en moi comme le sang est aux organes, conducteur de vie et d’espoir. D'un nouveau souffle.
Paris me redonne envie. C’est le souvenir d’une petite fille gourmande et d’une pièce de 5 francs. Paris me fait envie comme la sucette que je ne peux rajouter à mon paquet de bonbons. Parce que le prix d'une seule sucette, c'est au moins 4 autres bonbons ! Enlever 4 bonbons de mon paquet pour une seule de ces sucettes ?! Arghhhh!!! Je bave à l’idée de cette sucette sous son emballage, fondante, pleine de promesses. Je sais bien qu’elle durera plus longtemps que les bouteilles de coca acidulés enfournées allègrement pour rougir de plaisir. Mais 4 bonbons seront toujours mieux qu’un seul. Alors je regarde cette sucette et je jure toujours de me l’offrir la prochaine fois.
Et chaque fois, je la regarde avec toute l’émotion de la petite fille gourmande et ne peux céder à la tentation des petites bouteilles de coca pétillantes, plus nombreuses, plus euphorisantes.
Aujourd’hui, je regarde Paris. Je la trouve belle. Elle est irrésistible et inaccessible d'une certaine façon comme cette sucette de mon enfance et malgré les moyens limités, c’est elle que je m’offre, de tout mon c½ur, de mon corps, de toute mon âme.
Sa vision et son goût, sont un bonbon sans prix qui ne mérite aucune privation.
Je n’y vis plus. Mais le temps d’un week-end, chaque rencontre a été un moment de plaisir rare. Bien sûr, j’oublie la course poursuite de la police dans le métro de Châtelet et m’en remets plutôt aux savoureux cookies fondants de Laura Todd (que je recommande à tous…). Bien sûr j’oublie les longueurs du RER C et me plonge dans l’horizon sans fin de cités. J'oublie la pollution et regarde rêveuse ces gens aux détours des parcs, assis sur les fontaines, au soleil, me demandant ce qui les amène au même endroit, au même moment, avec peut-être la même envie de ne pas être seul. De ne plus être seul. Et de partager le plaisir simple des moments trop rares.
Paris. Merveille oubliée, négligée. Tu n'étais pas si laide au fond quand je t'ai quitté. Je voulais juste que tu me manques.
Tu as gagné.