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 Prénom  alec / audrey  Nom  leclerc
 Age  28  Minimessages  Envoyer un message
 But du voyage  WH Visa  Durée du séjour  qui sait
 Date de départ  31/12/2004   Note: 3,8/5 - 6 vote(s).
 Description : 10 jours à Singapour , puis Sydney le 11 janvier. But: faire le grand tour (+Tasmanie et Nouvelle Zélande) durée de l'aventure: 1 an

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 Localisation : Maroc
 Date du message : 25/04/2007
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 que le vent t'emporte

Un car, un infini désert de rocs, de forêts d'argan et trois heures plus tard, nous voici débarquant à Essaouira. C'est un autre décor. L'intensité a suspendu son cours. Mais nous n'avons pas trop le temps de nous éparpiller. Nous sommes arrivés assez tard et la priorité est de trouver un moyen de rejoindre Sidi Kaouki, un village de bergers en bord de mer, à 22 km au sud. Nous nous traînons jusqu'au confins de la ville, assez petite, pour tenter de trouver un bus local. Nous sommes alpagués de toutes parts par les conducteurs de taxi qui veulent nous vendre la course à plus de 10 fois son prix. Je refuse catégoriquement, je sais que 100DH soit 10 euros est plus qu'exagéré, d'autant que l'on nous dit qu'il n'y a plus de bus à cette heure. Demandant à David de me faire confiance, nous retraversons la ville en direction des arrêts de bus. Nous rencontrons Mohamed qui nous indique la direction et nous confirme qu'il reste encore des bus en partance. Lorsque nous arrivons, les bus 1, 2, 3, 4 et 5 sont là, sauf le 6. Nous espérons le voir arriver et bêtement laissons partir les autres un à un. C'est ainsi que le 2, sous notre nez prend le départ et qu'on nous apprend que pour Sidi Kaouki, ce n'était pas le 6 mais bel et bien le 2... Résignés, nous pensons prendre le taxi et notre informateur cherchant à nous aider, nous propose de trouver le chef des coursiers, une connaissance à lui. Nous le trouvons et le prix n'est pas bien différent. N'ayant plus trop le choix, la nuit tombant, nous acceptons la course à 90DH après une négociation désespérante! A Essaouira, la négociation n'est pas du langage courant. Après une petite 1/2 heure de route, nous arrivons enfin sur le territoire du vent. Les arbres frisonnent et nous ébranlent comme pour nous souhaiter la bienvenue. L'hôtel est charmant. Nous ne voyons pas grand chose du paysage sinon sa plage immense et vierge, ses constructions de pierre rudimentaires comme détruites par les éléments. Sidi Kaouki a cela de beau, c'est que c'est un endroit qui semble désert mais pas dépourvu de vie. Ses chiens errants hantent chaque ruelles et rôdent près des échopes. Le vent est un chant douceureux racontant une histoire qui se murmure continuellement à nos oreilles. J'ai l'impression d'être sur une autre planète. Nous dormons d'un trait. Le lendemain, nous ouvrons la fenêtre qui donne directement sur l'océan. Enfin. Il nous appelle. Nous nous préparons, déjeunons copieusement à nous faire éclater la panse, tartinant de beurre et de confitures de figues et d'abricots le pain marocain fraîchement préparé. Nous passons entre les chemins caillouteux découvrant quelques âmes ici et là, très discrètes, presque effacées. J'ai l'impression de fouler un territoire interdit mais je sens que nous ne sommes pas forcément malvenus. Les gens ont l'air bienveillants. Ils se protègent simplement du vent assommant. Il y a des petits chiots partout, d'autres incroyablement maigres qui végètent tout autour. Quelques chats qui sillonnent les alentours. Nous nous balladons sur le sable fin, regardons les vagues. Nous savons que l'idée de faire du surf vient de s'envoler avec la dernière bourrasque. seuls les planchistes peuvent trouver ici leur bonheur. Mais le cadre est idéal, il est impossible de ne pas s'en apercevoir. Surf ou pas, nous nous sentons si bien à Sidi Kaouki que nous y resterons 3 nuits et 3 jours avant de décider pour le côté pratique de revenir sur Essaouira. Nous n'avons pas de montre. Le temps s'est arrêté. Nous sommes au milieu de rien et pourtant au milieu de tout. Il y a là cette maison de 2 étages, collossale, faite de bois, où sont propriétaire allemand a fait pousser des planches de glisse et un café restaurant. Une maison qui fait tâche dans le décor, pourtant, poussés par notre curiosité habituelle, nous y entrons, nous installons. Brahim s'asseoit près de nous. Nous discutons une bonne dizaine de minute avant qu'il prenne notre commande. Brahim, fils de berger, est serveur ici. Et notre conversation pourrait durer encore que cela ne nous dérangerait pas. Les jus peuvent attendre. Nous regardons tous trois dans la même direction, cet océan qui offre son spectacle incroyable. Et nous parlons de la vie. Des pêcheurs qui courageux draguent les vagues depuis leur énorme bouée, faisant maigre concurrence aux châlutiers. Vient le jus d'orange, extraordinaire nectar marocain. Je me sens bien. Rien ne pèse. Nous reviendront souvent ici, voir Brahim. Nous l'entendrons nous dire ce que j'appelle l'indécence européenne. Les américans qui construisent non loin un énorme centre de thallaso pour personnes âgées - mais laquelle d'entre elles supporterait un tel vent et un endroit qui ne connait aucune boutique, Il est à prévoir que ces dernières poussent comme des champignons défigurant ce paradis perdu. Brahim nous dit qu'il a toujours vécu dans la pauvreté et que ce sera sa vie jusqu'au bout. Que Sidi Kaouki a bien changé. Que le tourisme dénature tout sur son passage. Qu'il regrette ses tendres années même dépourvues de tout. Que le tourisme a le défaut de ses qualités. Il est vrai, quand je prends du recul, que ce tourisme de masse qui finit souvent par des migrations ressemble à une forme de nouvelle colonialisation. Roro, la propriétaire du Kaouki, l'hôtel où nous résidons, nous raconte passionnée, comment était le Maroc d'avant. Celui où elle est arrivée il y a 40 ans. Elle s'insurge contre ces européens qui achètent sans scrupule les riads des médinas, les remettent à neuf pour y faire des chambres d'hôtes hors de prix provoquant une inflation sans précédent qui ne permet plus à un marocain de devenir propriétaire sur sa propre terre. Elle se plonge dans ses souvenirs de hippie et donne une multitude d'anecdotes sur comment cela se passait, combien les gens, musulmans comme chrétiens étaient mélangés et unis comme des frères, comme un seul peuple; combien cela n'est plus qu'un vague souvenir; Et de rajouter qu'elle ne serait pas étonnée que le pays se radicalise et connaisse de vastes changements. "Que ça pète un jour ou l'autre". Le 3è jour, elle et son mari nous accompagnent à Essaouira. Nous y passerons la journée, récoltant des informations auprès des commerçants. Mohamed, un commerçant qui a l'air d'un ange, répondra à nos différentes questions, avec une grande ferveur. Nous apprendrons différentes choses sur le Coran, le rapport aux femmes et les recueils qu'il nous faudrait lire pour mieux comprendre tout cela. Nous passons par de petites ruelles et j'avoue n'être pas rassurée. Je ne sais pas pourquoi vraiment. Puis un vieux nous aguiche. Nous supposons qu'il a bu ou fumé du kif. Il me dénigre du regard lorsque David lui confirme que je suis sa femme. "C'est ça ta femme!", argue t-il. Je trépigne. je voudrais passer mon chemin. Il demande 150DH, retenant David par le bras. Je reste interdite. David reprend les rennes. Nous retrouvons des rues plus fréquentées. Je ne me sens pas fière du tout. Depuis que je suis dans ce pays, où j'ai décidé de m'intégrer naturellement aux règles musulmanes qui consistent à couvrir l'ensemble du corps, je me sens dénudée comme jamais. Assurés de pouvoir trouver un toit pour le lendemain soir, nous retournons au port merveilleux où nous avons rendez-vous avec Roro et son mari. La voiture n'est pas là. Le soleil se couche magnifique. Je commence à stresser. Lorsque la nuit tombe, Je me sens abandonnée sur une terre inconnue. Nous connaissons les premières tensions de notre voyage. David imperturbable et serein ne comprend pas mes réactions. Je fulmine intérieurement, me demandant si la voiture va apparaître comme par magie ou si nous sommes voués à reprendre les négociations en taxi. Je ne trouve pas la force. Le vent, le froid. Je m'abandonne au silence. La voiture apparaît. Le sourire revient. La fascination du pire passe.

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