Il a neigé sur Genève.
Ce jour-là, tous mes petits maux se sont envolés et, la machine a remonté le temps de 20 années - autant dire une éternité !
1986. 4-6 rue du Demi-cercle à Montreuil. Nous n'avons pas vu la neige depuis une éternité sur Paris et sa région. C'est l'émerveillement absolu pour les enfants que nous sommes alors, mon frère et moi. Le nez et les mains collés sur les fenêtres de notre chambre, nous ouvrons de grands yeux incrédules sur le coton éphémère et comptons tous les toits blancs. Nous n'y tenons plus, le parking à ciel ouvert cinq étages plus bas est immaculé et promet la plus belle des batailles de neige du siècle. On enfile négligemment manteaux, boots, écharpes, tout l'attirail sauf le plus important... les gants. Mais c'est la course. Mon frère me met au défi sur le palier : "Le premier arrivé..." et il dévale trois par trois les marches de la cage d'escalier. Faut-il être compétitif pour battre mon frère?! Il gagne à tous les jeux, mais à tous les jeux, je tente ma chance et c'est la ruée! Explosion à la sortie. Le monde devient tout blanc et a un goût gelé! J'ai la bouche et les yeux complètement obstrués par la neige... je viens de m'en prendre une sévère. Mais mon frère n'est pas du genre à s'arrêter si facilement. A la fin, j'en ai dans le pantalon et tandis qu'il continue de me mitrailler de boules plus grosses que moi, j'essaye d'enlever le poids dans ma capuche et sous mon pull...
Puis c'est la trève. Il y a là assez de poudreuse pour donner vie à un bonhomme de neige.
On oublie le froid, les mains qu'on aimerait coupé tant elles brûlent et font mal et, comme omnubilés, nous avançons dans notre oeuvre.
Ce bonhomme de neige là mes amis vaut tous les bonhommes de neige du monde. J'ai partagé un moment inoubliable avec mon frère Grégory, de 3 ans mon aîné. Et tout en finalisant mon bonhomme de neige au Club du Bois carré, le centre sportif où je travaille à Genève, c'est nous que je revois. Les gosses que nous étions ont beaucoup changé mais ces moments sont éternels et à tout jamais gravés dans ma mémoire.