Ma plus belle histoire, c'est moi. Parce que c'est encore moi qui la raconte. Moi qui la vit. Je suis la personne la plus importante de ma vie. C'est moi qui lui donne un sens. Et si j'oublie ça, c'est que je m'oublie et que je laisse couler ma vie sans moi, sans égard, comme un rien.
Mais ma vie n'est pas rien. Elle est moi. Elle est moi et les autres qui ont bien voulu s'y intéresser et que j'ai bien voulu laisser y entrer.
Ma vie n'est pas mon coeur. Pourtant mon coeur appelle à la vie. Sans lui, je ne respire plus. Pourquoi ne parle t'on jamais de l'importance des poumons?
On donne tellement d'importance au coeur qu'on croirait la vie impossible sans lui. Mais il faut savoir faire sans pour ne pas pleurer ses poumons après. Mon corps n'est pas vide. Le sang irrigue mon coeur, il irrigue ma passion et mon âme aussi. Il irrigue mes larmes et mes joies. Mon sang est unique comme mon coeur et mes poumons car je suis unique, pourtant je peux tout donner. Je suis donneuse universelle.
Mais je dois me contenter de pouvoir donner sans forcément recevoir.
J'ai reçu la vie. J'ai maudit la vie. J'ai aimé ma vie. Je l'aime. Je ramasse quelques miettes. Dans une autre vie, une autre histoire, je suis celui qui jette des miettes derrière lui pour retrouver son chemin. Celle qui ne retrouve pas le chemin parce qu'il n'y a plus de miette à ramasser.
Dans ma vie, dans aucune autre histoire que la mienne, je regarde les miettes et ça me fait pleurer. Je préfèrerais qu'il n'y en ai plus. Ne pas les voir. Je trouve que c'est du gâchis. Et en plus elles ne mènent nulle part. Elles sont juste là pour me rappeler que ma vie n'est pas mon coeur mais que mon coeur prend ma vie.
Dans la famille bonheur, j'appelle les poumons, j'appelle le sang, j'appelle le cerveau, j'appelle les reins, la râte et tout cet immense bordel que sont les intestins et l'estomac, pour sauver mon coeur. Car au fond, si le coeur est plus important que tout, c'est parce qu'il est comme le temps, précieux et qu'il nous faut un rien pour le perdre.
Je dédis ce message à ceux qui préfèrent ne pas perdre une miette de leur temps au dépend de leur coeur et de celui des autres.
Les choses les plus précieuses sont souvent à côté de ceux qui ne les regardent plus. Mais ils existent bien des trésors.
Ma plus belle histoire, c'est moi. Parce que c'est encore moi qui la raconte. Au fond de moi j'ai retrouvé un trésor et je ne suis plus donneuse universelle.