Je n'écris plus. Je n'en ressens plus le besoin vital. Si j'étais sur une balance, je serais l'équilibre parfait. Dont on ne peut rien dire de plus.
Pourtant, il se passe plein de choses. Plein de choses sur cette planète dont peu de gens parlent. Et j'ai envie d'en parler.
Prenons par exemple les essais du Cern sur l'accélération des micro-particules. But, recréer l'antimatière, le trou noir quoi. J'ai posé la question à droite et à gauche. On me répond "Bah, c'est le Cern, les plus grands scientifiques, ils font ça depuis la nuit des temps ou presque. Ils savent ce qu'ils font." Mon propre père de me répondre que ce n'est vraiment pas le temps de se prendre la tête pour si peu et de tenter de m'expliquer avec exactitude, foi et raison comment cela va fonctionner. Moi perso, je n'y comprends rien. Je vois les journaux qui essayent une fois de plus le coming out de la fin du monde mais ils se vendent si mal, que le sujet, vaporeux, finit par se dissoudre dans l'antimatière médiatique.
Bref, le 11 septembre - 2008 - est passé. Et le trou noir n'a pas bouffé la terre. Et à peu près personne ne s'y est réellement intéressé à Genève. Les gens sont incrédules. On les a tellement fait chier avec la fin du monde parce que la pollution, parce que le réchauffement, parce que l'évolution, parce si ou ça, que plus personne n'en a rien à foutre. A vrai dire, tant qu'il n'y a pas de danger réel et imminent pour soi-même, on continuera notre petite vie tranquille et on s'inquiètera quand il faudra s'inquiéter. A priori le 21 décembre 2012. C'est vraiment là qu'on va tous crever dit-on.
Donc, avec tout ce qu'il me reste de crédulité, il nous reste moins de 4 ans à vivre.
Aussi j'en viens à cette éternelle question que tout être humain se pose quand il sait qu'il va passer l'arme à gauche.
A quoi vont ressembler ces 4 prochaines années? Ces 4 prochains mois? Ces 4 prochaines semaines? Ces 4 prochains jours? Ces 4 toutes petites prochaines minutes? J'enlève les secondes parce que j'ai à peine le temps de finir ma phrase qu'elles sont déjà écoulées pourtant merde! les secondes, c'est du temps. Et ça passe vite. Trop vite. J'y serai encore dans 4 minutes à décider de ce que je vais faire d'ici 4 jours. Bah j'en sais foutrement rien.
Même si je savais que mon monde s'écroule demain, je ne saurais pas quoi faire de mes dernières respirations.
Je sais juste que chacune est bonne à prendre. Je suis comme tout le monde. Sensible et pourtant éperdument « je m'en foutiste ». On naît tous pour crever. C'est peine perdue. C'est la vie. Alors pourquoi se ferait-on chier avec ce genre de questions qui minent les réjouissances ?
La fin du monde est déjà passée. On n'est déjà plus que les ombres de nous-mêmes. On se lève. On prend notre petit-déjeuner. On se douche. On se lave les dents. On s'habille. Peu importe la chronologie et l'exactitude des événements. On va bosser. Arrive le soir. On se fait à bouffer. On se regarde un film, on invite des amis ou on se fait inviter. On fait des gosses. Si on a un peu de bon sens et d'humanité, on passe du temps avec eux sans essayer de leur imposer notre idée de la vie. On part en vacances. On passe du bon temps. Ce temps si précieux. On fait ce qu'on peut pour être heureux. Prendre tout ce qu'on a à prendre.
Se donner l'impression qu'on a vécu. Ne rien laisser. Rien pour demain. Profiter.
C'est ainsi qu'on vit comme les bêtes. Sans se soucier de rien. Manger, boire dormir, pisser et chier à l'occasion. Copuler. Rire, pleurer un peu pas trop. Pour le reste, advienne que pourra. C'est à chacun de choisir sa vie.
La fin de mon monde n'est pas encore arrivée. Et pour enlever quelque peu le pessimisme de ces quelques lignes dont j'aurais pu vous préserver, j'aimerais dire, pour ceux qui croiraient que je suis aigrie, que je suis satisfaite. Heureuse. Et que j'essaye tant bien que mal de ne pas être l'ombre de moi-même. Que comme tous ceux qui sont heureux ou en passe de le devenir, j'aimerais qu'il n'y ait jamais de fin aux bonnes choses.
Si j'en parle ainsi, c'est parce qu'il y a quand même des connards assez nombreux sur terre pour décider à notre place de notre sort. Ca me débecte de savoir qu'une grosse partie du monde n'en a strictement rien à foutre.