Kikooboo en français ! Kikooboo in english !
  Dans ce carnet
  
 Prénom  alec / audrey  Nom  leclerc
 Age  28  Minimessages  Envoyer un message
 But du voyage  WH Visa  Durée du séjour  qui sait
 Date de départ  31/12/2004   Note: 3,8/5 - 6 vote(s).
 Description : 10 jours à Singapour , puis Sydney le 11 janvier. But: faire le grand tour (+Tasmanie et Nouvelle Zélande) durée de l'aventure: 1 an

[ Diaporama ]

[ Diaporama Flash ]

[ Vidéos ]

[ Suivre ce carnet ]

[ Derniers commentaires ]

[ Le trajet de alec / audrey ]

[ Mes liens favoris ]

 Localisation : Sénégal
 Date du message : 05/05/2002
Page précédente Page suivante Retour liste messages Imprimer
 la claque

La claque. Ca ressemble à un titre de magazine à sensation. Personne pour voir ça. Pas de paparazzi dans le coin, normal, je ne suis pas hors norme. Et par bonheur, ceux qui s’intéressent à moi n’ont pas le désir malsain d’apprendre ma rupture ou ma mort dans les journaux à sensation. Ouf, je suis sauvée, c’est toujours ça de pris. Pourtant, cette claque, elle fait mal. Une claque, comme d’autres l’appellent le marquage au fer rouge, ou la révélation de l’année, le truc qui tue. Bref, moi, c’est une claque. Une bien bonne qui brûle un peu, pas mal, assez longtemps pour qu’on s’en souvienne. Il n’y a pas traces de doigts sur ma joue, ni de contour de main supposée laisser les stigmates d’une petite rage soudaine. Non, cette claque, elle raisonne dans ma tête, comme la dernière que j’ai dû recevoir pour cause de stupidité irréversible.

La dernière claque, oui, c’était quand déjà ? Quand j’avais dix ans. J’ai toujours trouvé les baffes de mon père totalement justifiées - quoique très rares - et même celles qui tombaient pendant mes exercices de maths, soit parce que je n’y comprenais rien ou soit parce que je faisais semblant de n’y rien comprendre. Je mettais mon père à l’épreuve tout le temps, je cherchais cette claque, cette baffe, cette main géante pourvue de veines extraordinaires afin de marquer ma joue de la présence paternelle. Il était souvent absent. Et quand il était là, il avait l’air si loin.

La claque me donnait l’impression de prolonger cette présence de façon inattendue et précieuse, une caresse brûlante sur la joue. C’était aussi simple que le petit bisou avant de s’endormir en gage d’affection. Après mes 10 ans, je n’ai plus eu ce privilège. Il aurait alors fallu que j’insulte mon père ou ma mère pour parvenir à mes fins. Et jamais au grand jamais je n’aurais ou ne ferai cela. Le respect, c’est la première valeur que l’on m’a inculqué et étonnement, je ne l’ai jamais perdue de vue. J’ai par la suite souvent eu droit à quelques morales sévères et exprimées dans la douleur, mais rien qui laisse de traces aussi ardentes que le feu de la gifle.

 

Tout ça pour dire, qu’il faisait bien longtemps que je ne m’étais pas pris une claque. Une belle, une bien corsée et qui resterait gravée dans tous les pores de ma peau. Là-bas, j’ai reconnu l’émotion absolue et ce qu’elle provoque dans chaque parcelle du corps et de l’esprit. Comment ? Il suffisait juste d’y être, d’écouter plutôt que parler, de regarder plutôt que passer son chemin en aveugles – individus blasés que nous sommes dans les pays nantis - de ressentir chaque instant sans attendre sa fin, en y allant doucement mais sûrement. S’il est une dimension incroyable au Sénégal comme à d’autres pays et peuples de son envergure, elle se définit par son sens des valeurs. Le partage : une claque. La solidarité : une claque. Le respect dans sa forme la plus parfaite : une claque. L’humilité : une claque. La générosité (pour étoffer la nuance avec la notion de partage : donner sans attendre en retour): une claque. La simplicité : une claque. Autant vous dire combien prendre toutes ces claques a été jouissif et frustrant à la fois. En une minute, on apprend tout, mais on est incapable de le mettre en pratique au-delà d’une certaine période. C’est ce qui m’achève. Prendre autant de claques et m’en souvenir partiellement constitue une tragédie dans ma vie. N’enseigne pas la sagesse qui veut et n’apprend pas qui veut aussi facilement. Cela dit, je ne suis pas repartie vide et appauvrie. Au contraire, j’ai gardé dans ma mémoire des prénoms qui m'ont donné une véritable leçon de vie. Une claque bienheureuse qui m'a donné envie de croire que tout n'est pas perdu, que l'humanité existe encore dans sa forme la plus fondamentale et la plus impénétrable... Cette humanité qui subsiste en chacun de nous, et que nous explorons si peu est une goutte d'eau précieuse que l'on garde jalousement sans imaginer un instant que la partager lui donnerait des airs de fleuve intarissable. Je dédie ces quelques mots à Kémo et Karim.

Note: 0/5 - 0 vote(s).
Syndication :

Précédent - Suivant - Retour à la liste des messages

Laisser un commentaire