Peut-être encore sous l'effet de la mauvaise bière, je me retrouve au milieu de ma chambre, hagarde. Ou bien simplement suis-je encore dans l'émotion d'une soirée profondément différente des autres. Je n'ai plus mal à l'estomac, en fait je me sens terriblement loin, perdue dans un monde où la douleur n'existe pas. J'ai l'impression de voler au dessus de mon corps et de me regarder vivre, rire, insouciante de ce qui m'attend. La boule acido-lancinante a donc disparu et j'ai oublié ses brûlures. Le sac à dos qui gît près de la porte m'invite déjà au départ.
Je me souviens de mon arrivée chez Gurcine. C'était en juin 2004. Elle m'a ouvert sa porte et je ne suis plus repartie. J'essaie d'immortaliser chaque recoin de cette pièce où j'ai passé le plus clair de mon temps. Brève nostalgie. J'ai presque tout effacé de mon passage. J'ai l'impression d'être un fantôme entre deux mondes. C'est excitant. C'est comme si en choisissant l'autre porte, j'allais recouvrir tous mes sens. Du coup je n'ai plus d'hésitation. Je referme le tiroir aux souvenirs pour un temps du moins. Je retiens des larmes en serrant fort Gurcine contre moi. Et avec mon sac à dos de 50 litres et celui de 30 qui fait contrepoids sur ma poitrine, je valide le ticket de carte orange, passe le tourniquet. Ca y est. J'y suis presque.
J'arrive avec une heure et des brouettes à l'avance. L'excitation est telle parfois qu'on ne peut la contenir plus longtemps. J'attends sur un banc, je lis. Les cars sont là. Je pars avec Gullivers, non pas mon compagnon de route (qui n'est autre que Stéphane !), mais la compagnie de transport. 26 euros pour rejoindre Londres. Il est 22h. Une horrible odeur de pisse se dégage à l'entrée du car. Yann nous a rejoints. Nous avons quasiment 4h devant nous avant d'arriver à Calais. « Dodo, l'enfant do » Douane. Intervention de police. Ca réveille. Quand je demande au douanier l'accès aux toilettes publiques, c'est avec un sourire gêné qu'il me murmure qu'ils ne sont pas très « clean ». Je me marre, cela ne peut être pire que dans le car. Puis « Il y a le ciel, le soleil et la mer », sauf qu'il fait nuit, 3h du mat. Longue attente pour parquer le car sur le bateau. Sur le pont, on se balade et on rit comme des gosses avec ce vent incroyable qui s'engouffre dans nos cheveux. A Douvres (Prononcer Dover pour les intimes), on reprend le car, on se rendort, il fait chaud, très chaud. Victoria station. On débarque les sacs. Et là, surprise. Les toilettes du car ont fui. Ce n'est pas tant une surprise. Pour le trip, Stéphane m'avait obligé à une petite visite, il y avait une flaque immonde sur le sol et cette odeur acide qui brûlait les poumons ! Bref, avec Stéphane, nous avons été chanceux. Yann a quant à lui, dû traîner son sac de voyage imbibé et faire une bonne lessive.
Grâce à Isaac(la moitié de Gurcine) nous profitons d'une belle situation en plein milieu de Londres et jouissons d'un appartement des plus confortables. Je refais mon sac. Trop lourd. J'ai décidé de soulager mes épaules. 12 kilos c'est encore trop.
C'est incroyable tout ce qu'on peut embarquer avec soi tandis qu'il était prévu le nécessaire. Après, tout est relatif. 31 décembre. Lever à 7h du mat (je sais je sais, certains d'entre vous ne le croiront pas et pourtant, même Yann se met en jambe). Direction Aéroport d'Heathrow. Pourquoi n'a-t-on pas encore inventé la télé transportation, je vous le demande ?! 12 heures de vol nous attendent. J'ai le bide en vrac (Les êtres humains ne sont pas faits pour voler !!!)
Encore des « au revoir » avec Yann cette fois-ci (Une sorte de chaîne de sûreté s'est mise en place jusqu'à mon départ). Décollage (méheuuu). Repas de rois (coq au vin, champagne, merci Qantas). Le coucher de soleil a été magnifique au dessus des nuages. A cette heure-ci, nous survolons Ankara. Il fait nuit. On ne voit plus à l'horizon, qu'un liseré blanc.
Dans quelques heures, j'ouvrirai les yeux sur d'autres paysages, un rêve de gosse porter de main...