Elles sont belles toutes ces femmes. A Bondi beach, même mon lapin n’y peut rien. Kylie Minogue vous met l’eau à la bouche (« amuse-bouche » pour les intimes), le plat de résistance est tout aussi allêchant (j’irai presque me renseigner pour une petite opération !). Quant aux hommes, d’un regard d’un seul, vous tombez en amour, plus bas que terre, la langue pendue bêtement, la bave aux lèvres. Ken et Barbie, le mythe n’est plus en plastique mais de chair et de sang. Ici, c’est le culte du corps. Je me sens translucide. Doutant de mon sex à peal, je tente une expérience ridicule. Je noue mon tee-shirt au dessus du nombril, et vous ne sauriez imaginer ce que ce petit détail change dans votre quotidien à Sydney. Surprenant.
Je ne me suis jamais sentie aussi épanouie, aussi femme. Ne plus faire comme si ou comme ça pour se fondre dans la masse, être juste soi, sans craindre les regards, les jugements. Car on ne vous regarde pas exister. On existe. Alors j’existe, avec mon appareil photo sous le bras et je dérive au Royal Botanic Garden. Je m’égare dans les chemins broussailleux de ce jardin, où les bijoux biodégradables de cette nature si riche que nous ne voyons plus, m’aveuglent encore et encore. Je me découvre une passion pour ces fleurs qui m’envoutent de leur parfum sucrés. Des rizières aux bords des yeux, mes jambes tremblent, je vascille. La tête me tourne. Dans le ciel, les chauves souris accrochées aux branches, puis des araignées immobiles énormes me font fuir (ayez pitié !). Je longe le parc jusqu’à l’Opéra. La frénésie des flash, tous ces gens qui immortalisent l’instant x. J’aimerais savoir combien sont aussi heureux que moi au même moment. S’ils se posent des questions, lesquelles. Mais j’en ai déjà bien assez pour moi, auxquelles il me faut répondre. Je passe mon chemin. Je me sens puissante et pathétique. Mais je sais où je vais. Mon cœur le sait (pour le reste, il me faudra trouver un plan détaillé, une boussole et un calepin pour me souvenir du chemin parcouru, éventuellement acheter une baguette de pain pour quelques miettes).
Je retrouve Aurélie.
Je mets fin à deux semaines de jeun. Celui de la bière. Pourquoi je bois de la bière, je n’aime pas la bière, c’est dingue (à part celle à la violette bien sûr). Ce soir, ce sera vodka ice et midori (alcool de melon) qui me troueront le ventre. C’est que nous fêtons nos retrouvailles entre francoziens : Bob, ses deux colocataires, Julien et Aurélie. Seb débarque. Il cherchait juste les toilettes en entrant.Nous passerons toute la nuit à danser sur la piste ensemble. Comme des fous, avec une espèce de rage au ventre qui nous empêche de nous arrêter. Nuit blanche. Il fait jour. Premier bus. Une heure de route nous attend pour rentrer à Bondi beach. Je ne trouve pas le sommeil, il me trouve. Mais c’est ailleurs qu’on m’attend. Là-bas, sur la plage, je finis ma nuit avec le murmure des vagues et le bruit sourd du sable, contri sous le pas des surfeurs qui se jettent dans la houle.