Voici longtemps que je n'avais pas branche la batterie de "tac tac". Le moteur tourne. La page aussi. Fini Fremantle. L'ouest australien est au menu et nous avons bien l'intention d'en etre repus. Les sacs (et la valise rouge dont on se souviendra toute notre vie sans doute...) s'entassent, laissant peu de visibilite a l'arriere. Les ceintures se bouclent et se dessinent alors sur nos visages des sourires pleins d'espoirs.
Il y a de cela maintenant 16 jours, nous partions pour une aventure dont on pouvait supposer qu'elle serait inoubliable, mais aurions-nous pu seulement imaginer l'intensite avec laquelle nous la vivrions?
C'est le coeur enivre d'un alcool dont je ne connais pas l'essence que je vous ecrit ces mots, qui pourtant me sembleront toujours trop creux.
Car sur notre route, nous avons rencontre des kangourous, des lapins, des vaches sauvages meme, des chevaux, un porc-epique, des paons, des aigles, des emeus, une faune, une flore, du rouge, du vert, du desert, des villes... et au dela de ca, nous avons trouve une famille.
Apres s'etre emerveilles au lever de soleil des Pinnacles situes a 300 kilometres au nord de Perth, nous avons fait route des le deuxieme jour de ce grand voyage, vers le parc national de Kalbarri. Et la, le destin s'en est mele, s'est emmele au passe. Nous les avions rencontres au Berribackpackers, cette auberge paradisiaque dont nous avons eu tant de mal a nous echapper. Ils sont de retour dans nos vies, celle de Lili particulierement qui a partage avec eux bien plus qu'un simple bonjour. Les Danish boys. Pelle (prononcez Paili), Jens (prononcez Rahan), Jakob (prononcez Redlocks) et Pedro (un ange reincarne). Depuis ce jour, il nous est devenu impossible de nous separer. Aimantes, nourris par un lien profond qui pourrait bien en l'absence de l'un provoquer la chute des autres.
Nous sommes devenus la "big family". Nous sommes a nous sept, nous 9 meme puisqu'un couple de francais, Julien et Julie se joignent a cette equipee sauvage, nous ne formons plus qu'un.
Nous jubilons et nous noyons chaque jour davantage dans un bonheur sans fin qui nous fait quitter la terre ferme.
Ensemble, nous avons marche sur les etoiles et nous sommes baignes nus pour voir nos corps se voiler d'une lumiere incandescente. Little lagoon a Shark Bay, quelques centaines de kilometres de plus au nord, nous a rendu nos ames d'enfants. Et c'etait si bon.
Et encore, Monkey mia, ou nous decouvrons un bain d'eau chaude naturelle..nous n'y resistons pas et incredules encore de cette rencontre, nous passerons la soiree a jouer du didgeriddo avec un ranger aborigene qui nous parlera de sa culture, des traditions, de la nature, de la vie.
Puis, nous avons roule, encore plus loin, toujours, plus haut vers Coral Bay.
Nous avons explore les fonds sous-marins ou peut etre, nous sommes nous explores nous-meme, retranches dans notre propre conscience du merveilleux. Eblouissante nature qui nous aveugle de sa beaute. Ses poissons multicolores qui vous fuient ou qui curieux, viennent titiller le bout de vos palmes. Ses tortues geantes, ses raies manta gracieuces qui planent, legeres. Ses coraux dechires par les bateaux qui vous dechirent tout aussi aisement la peau...
Pour se remettre les idees en place, nous passerons deux nuits dans un caravan park a Carnavon. J'agonise de rire et je peux lire dans leurs yeux a tous que rien ne me soulagera de cette soudaine folie.
Se peut-il que tout cela ne soit qu'un reve?
Non, il continue, plus fort... au parc du Ningaloo reef, pres d'Exmouth. Je suis incapable de vous raconter ces 3 jours que nous y avons passes, a plonger dans les eaux de Turquoise bay qui porte si bien son nom, a regarder les etoiles, a festoyer dans le crepitement d'une simple bougie, enveloppes dans l'odeur de l'antimoustique de Nicolas !
Oui nous avons quitte la terre ferme et nous sommes envoles vers Karrijini, le national parc avec ses gorges fabuleuses qui noue mon estomac. Nous plongeons dans les eaux glaciales d'une piscine naturelle, nous remontons a bout de souffle les escaliers de pierres, tailles a meme la roche et le soleil fait briller nos yeux comme jamais. Ce que nous vivons ensemble ou seul avec nous-meme ressemble si parfaitement a une utopie pourtant...
J'ai envie de pleurer. Ce que je vis dans l'absolu est indescriptible. Comme cette nuit ou sur la route qui menait a Broome, nous nous sommes arretes sur une aire de repos en plein desert. Soudain, 9 corps se sont eriges , la tete penchee en arriere vers le ciel. Nous avons fusionne. Nous n'etions que des particules qui se sont elevees haut, dans une communion parfaite.
Indiscriptible aussi la peine que j'ai ressentie quand Francois du Bodeideicamp en Arnhem land m'a envoye un message pour me dire que la "mission volontaire" etait annulee. J'ai eu la sensation qu'on m'arrachait le coeur.
Le voyage est bel et bien fini. Le sens ultime que je lui conferais s'en est alle.
Mais je repars bientot avec dans le coeur, le sentiment d'avoir trouve une richesse dans le partage. J'ai trouve une famille. Et j'ai partage avec elle des emotions, pas des illusions.
Aujourd'hui, nous avons atteint Broome ou Nicolas a decide de poser sa valise rouge ! Les plans a venir pour Lili et moi sont simples... Darwin. Nous verrons toujours dans le retro ou dans la vitre avant, le van blanc des Danish Boy, aux ailes bleutees , avec ses stickers insenses.
Nous allons suivre notre famille. Et une fois tout la-haut, nous tenterons avec Lili de trouver un moyen d'apprendre de nous-meme au contact du peuple aborigene. Au fond, ce voyage n'est pas tout a fait fini.