Melbourne. C'est ici que je me suis endormie, un laps de temps qui aura dure pres de 3 semaines. Ici que j'ai decouvert l'ennui, le bien etre, le manque de volonte, ici que je me suis un peu perdue. Entre deux nuages, le crachin, la brise legere, le soleil brulant parfois, entre ses bras a lui, l'autre soleil de ces derniers jours, je me suis abandonnee. Je ne suis pas faite pour les relations contrariees. Je ne suis plus faite pour donner et, pour la premiere fois, je decouvre a quel point il est bon de pouvoir prendre sans etre etouffee par l'espoir. C'est desormais l'egoisme qui m'etouffe. J'ai besoin de retrouver mes marques.
Je quitte Melbourne parce que je n'en peux plus de dormir.
Les "bedbugs" (les fameuses puces que l'on trouve dans les matelas et qui pondent sous votre peau...) ont pris l'habitude d'amenager leur camp sur mes petons. Je suis chanceuse, contrairement a d'autres, pas d'infection (Un simple conseil, ne grattez pas, quoique cela requiert comme effort !).
Je quitte Melbourne et je m'apprete a laisser derriere moi Lili. Pour un temps, le temps d'une aventure en solitaire, le temps de quelques jours. J'en ai besoin. Mon coeur en a besoin. Ma tete est deja ailleurs, en train de reflechir a ce qui est bon ou non. Je viens de booker un trip de trois jours pour decouvrir la Great ocean road et les Grampians, partie incontournable du Victoria ou tout est trop grand pour mes yeux de grenouille. Destination Adelaide, ou je devrais passer une nuit avant de trouver un job en fruitpicking. Que de route encore a parcourir. Premier trip seule. Et quelle surprise, je n'eprouve aucune apprehension ni meme d'excitation. Je ne sais comment l'interpreter. Cela me semble une decision tellement naturelle, logique.
Je quitte Melbourne, ses tramways qui rendent les trajets si agreables, ses fils electriques qui sillonent le ciel, ses cafes ou nous avons sirote tant de cafe latte, ses nuits de malt, ses francais que nous avons rencontres et qui nous ont apporte beaucoup. Un sentiment extraordinaire, une appartenance. Une symbiose. Je n'aurais jamais pense l'ecrire. Mais au fil de tous ces voyages que j'ai eu la chance de faire, ces rencontres aux couleurs bleu blanc rouge ont souvent marque mon chemin d'une pierre blanche. je pense a Alice au Canada (et meme Mohamed, t'es ou, qu'est ce que tu fais ?!), A ma "fougere queen" (t'es ou? qu'est c'tu fous?), a Jess, rencontree en Tasmanie qui fait de sa vie un internel voyage; A little bird et Juju a Cobram qui me permette de croire qu'on peut rester soi meme sans craindre de l'etre, a courir le risque de mettre entre parenthese quelque grand bonheur pour vivre une multitude de petits bonheurs. A ces trackers rencontres dans l'auberge qui ne liront jamais ce journal, que je ne reverrai sans doute jamais et qui, en l'espace de quelques heures, m'ont donne envie d'avancer meme si ca fait mal.
Alors je quitte Melbourne, pas plus tard que demain matin, 7h30. Lili sera la. Mon esprit s'embrume, la lisiere de mes yeux aussi. Ca me fait drole. Quelques jours seulement de separation, et deja, ses yeux d'un bleu intense et ses mous enfantines me manquent. Elle est belle cette fille mais elle ne le sait pas encore. Elle ne sait pas encore qu'elle n'a besoin de personne pour le savoir.
Et c'est tellement bon de sentir cette force venir de l'interieur. Elle ne me quitte plus. Devenue louve, je cherche une meute que je peux quitter comme je quitte Melbourne, sans regret, mais avec un pincement leger, cet aiguillon toujours qui incise votre coeur dans ses profondeurs les plus inaccessibles.
J'aime cette sensation. Je la cherche comme on cherche qui on est, sans relache. C'est elle qui m'enivre.
Au revoir ma Lili, au revoir nombreux amis, au revoir Josh, au revoir Melbourne.