Canberra, je te quitte ! Mais je peux t'assurer que ce n'est pas pour mieux te revenir ! Attendre le prochain bus me semble une eternite. La soif, la chaleur ont eu raison de moi. Narcolepsie par-ci, narcolepsie par-la, pas loin.
Lorsque le bus arrive, Morphee m'anesthesie sans delai. Quelques heures plus tard qui ne m'ont paru que quelques minutes, Lili et moi regardont hagardes le bus se vider, les gens se precipiter pour recuperer leurs valises, s'eloigner vers leur voiture en stationnement ou leur proches venus les chercher. D'autres utilisent le taxi. Tous les moyens sont bons pour rentrer a la maison, bien au chaud. Car a Shepparton ou nous venons d'arrivee, la nuit se fait plutot fraiche. Et nous ne sommes pas les seules ames perdues sous ce ciel etoile magnifique. Il est 4h00 du matin. Etre paumees nous rend euphoriques. On se regale de voir un monsieur monter son velo de A a Z, comme s'il sagissait d'un puzzle pour enfant de moins de 5 ans. Impressionnant. Il repart au bout de 30mn, et disparait dans l'obscurite des rues qu'il nous est impossible de discerner pour l'heure. Ne reste que deux autres couples qui s'engouffrent deja dans leur duvet, sous la lumiere bienveillante de la gare. Les bancs sont de remarquables lits... on est roots ou on l'est pas !
8h du matin, le soleil glisse sur mon visage. La lumiere est si intense que je me crois au paradis ou aveugle. Un peu des deux sans aucun doute.
Belle de nuit, belle de jour. Une ville calme mais autrement plus vivante que Canberra. Une petite trotte et un macdo plus tard ("on est roots ou on l'est pas!" j'ai dit!), nouveau bus. C'est si bon d'approcher du but et de sentir ce qui nous attend sans pouvoir meme imaginer un dixieme de ce que ce sera.
Cobram. Deux Francais, un anglais et 12 dollars de taxi plus tard, on se deleste enfin de nos sacs. Administration. Remise des cles de notre chambre. On accuse la fatigue. Pas de detour donc. On opte pour la chambre.
Qu'etait-ce donc Lili ? Ce qui tout a coup nous petrifie comme de la pierre. Des secondes interminables devant cette porte grande ouverte. Stupeur ? Effroi ? Surprise !!!!!!!!!! Un rire nerveux et silencieux me parcoure. Peut-etre que c'est juste une blague. Toiles d'araignees, araignees en primes (si petites mais si interessantes deja... ),multiples inscriptions sur le mur de ciment. Prison. Nous avons atteri dans une prison. Un rire, un vrai non loin nous tire de notre torpeur. Nous allons pouvoir reprendre notre respiration, entendre les battements de notre coeur de nouveau. Laisser le sang affluer dans toutes nos arteres et utiliser notre cerveau. On a frole l'anevrisme, la crise cardiaque. A quoi nous attendions-nous donc? Sur le site web, ils disaient "recherchons 15 personnes", nous decouvrons pres de 150 personnes (faute de frappes?); nous avions pense atterrir dans une ferme, c'est un veritable domaine avec des milliers d'hectares; nous avions pense chambre avec le stricte minimum pas avec le maximum de stricte. Bref. On a peur de ce qui nous attend, dans les champs, les douches, les chiottes.
On est bien reveillees, au bord de l'hysterie, balai en main, on vous retourne tout ca. Ca va mieux la, petite touche personnelle (On est francais oui ou merde!). On se balade (apres une bonne douche de 2 heures, essayez toujours de vous laver les cheveux avec un pommeau qui vous arrive a la poitrine...), on voit une file d'attente incroyable pour le repas du soir. On a faim. Ce soir, nous serons des moutons. Demain, premier jour de travail, reveil a 5h45 du matin.
A ce moment precis, on ne le sait pas encore, mais nous allons passer deux semaines a nous faire reveiller a la meme heure par le meme bruit assourdissant, a entendre la cloche de la cantine qui annonce que les breakfast sont prets, a bouffer ces breakfast anglais avec bacon, fayots et saucisses included, deux semaines a nous laminer les epaules et le dos avec un sac qui peut contenir 25kg de poires et qui se porte a l'avant, deux semaines a faire des allees et venues innombrables entre la "bin" de 2 tonnes et ces plans de 6 arbres que nous denudons de leurs fruits. Deux semaines a trimballer cette foutue echelle de 500kilos d'un bout a l'autre des champs, deux semaines a combattre les mouches (veritable fleau, a vous rendre chevre) qui se relayent de votre nez a vos oreilles, depuis vos yeux a votre bouche, elles vous aiment et n'en demordent pas (mais parait-il qu'elles ne font que nettoyer votre peau ...que c'est mieux qu'un exfoliant donc...j'achete le filet). Deux semaines a regarder tout le monde se bourrer la gueule parce que, disent-ils "il n'y a rien d'autre a faire ici". Deux semaines a entendre "bou!bou!!bou!!!" ou "princess", a m'emerveiller devant les cacatoes rouge qui s'engueulent tous les soirs, deux semaines a m'adapter aux regles de vie de Lili (dans la limite de mes possibilites tout de meme) qui tombe en amour ou presque avec le "rosbeef" Paul qui n'aime pas les francais. Deux semaines a tournoyer autour d'un autre "rosbeef" (parti sans laisser d'adresse), autour de la table de ping pong avec Birdy et Juju (qui me mettent la pate tout le temps), autour du jeu d'echec (la, je mets sa pate quand meme 3 fois d'affilee a Birdy...il aime ca, il en redemande! Je suis une fille genereuse moi). Deux semaines avec une chaleur pas possible, a nous decharner de notre peau depuis ces arbres qui nous charcutent les bras des centaines de fois par jour. Deux semaines ou nous avons travaille comme des damnes, sentant couler toutes les larmes de notre corps sur notre cou, notre colonne vertebrale, notre poitrine ecrasee. Deux semaines ou nous avons fait des rencontres incroyables, qui nous ont enrichi... Ce que nous avons vecu est indescriptible.
Peut-etre que ce premier jour ou nous avons ouvert la porte de notre chambre, comme je disais, nous ne le savions pas encore, peut-etre que ce jour la nous nous nous appretions a vivre deux semaines de bonheur.
Un tourbillon magique ce jour la nous a emportees.