Si le Sénégal connaît de véritables iniquités sociales, Taf est l’exemple même de la réussite personnelle. Disk Jockey - une passion qui lui vaut d’être très demandé dans les hôtels à touristes - il démontre qu’on peut vivre de ce qu’on aime quand on le veut, ce qui est d’autant plus remarquable dans un pays où il n’est pas facile de faire sa place. Parti de rien ou de peu, il a fait construire sa petite maison dans les sables alentour, une petite maison toute blanche sans électricité dont la porte est toujours ouverte. Il nous invite à y passer les prochaines nuits.
Au lendemain de cette première nuit où un visiteur poilu à huit pattes m’a empêché de trouver le sommeil, la capricieuse et peureuse petite femme gâtée des villes que je suis, incapable d’apprécier la faune locale, décrète qu’une chambre dans un hôtel non loin serait plus adaptée pour profiter pleinement de la suite du séjour.
Taf et Céline, compréhensibles, nous amènent dans une médina sénégalaise perdue au milieu des cases, posée sur des dunes de sable, à l’abri des hordes de touristes. C’est le coup de foudre. Des plantes luxuriantes se dressent en son cœur à ciel ouvert. La lumière évanescente donnent une atmosphère intimiste et je pourrais bien rester là des heures à rêvasser tant je me sens bien, légère, oxygénée. La chambre est un havre de paix qui n’a presque rien à envier au reste de l’établissement. Même les sanitaires donnent envie d’y passer toute la journée. Les mosaïques dessinent les murs, les fenêtres condamnées par des moustiquaires portent notre vision depuis le village jusqu’à l’horizon désert. Tout naturellement, nous montons les quelques marches jusqu’à la terrasse supérieure et c’est l’enchantement.
L’équipe de la médina se résume à quatre personnes, les gérants, un Français et sa femme Sénégalaise, un serveur et un gardien réceptionniste de nuit. La mère de cette dernière qui se fait souvent engueuler parce qu’elle ne veut pas porter son dentier, passe ses journées dans l’encadrement d’une porte dans le jardin intérieur. On se sent ici comme chez soi, dans sa famille.
Alors, je souris quand on nous apprend que l’eau des douches ne coulera plus par le pommeau mais qu’il va falloir s’adapter et faire notre toilette façon africaine. On nous apporte un seau qu’on remplie en conséquence. Je n’ai jamais autant apprécié de prendre ma douche. Et je souris d’autant plus lors du petit-déjeuner suivant quand je croise une famille de français qui s’en plaint et qui a décidé de rentrer au pays avant la fin de leur séjour. Pour un problème de douche?
Je trouve ça dingue de terminer un voyage ainsi parce que la douche ne fonctionne pas comme on voudrait. Mais d’autres trouveront dingue que j’aille trouver un hôtel à cause d’une araignée qui cherchait un peu de fraîcheur chez notre ami Taf. Donc je me garderai d’émettre un quelconque jugement (c'est peut-être déjà fait mais bon). Parfois, il faut prendre sur soi. Je commence tout juste à cerner les conditions de la vie locale. Et personnellement, j’adore.
On mange, on boit, on danse, on rencontre les artisans, on profite du temps qui passe, mais bien vite, c’est l’ennui. Sally Portudal est un endroit trop touristique à notre goût et on assiste parfois à des scènes de négociations entre européens et commerçants qui sont révoltantes.
On repart pour Dakar. Yann me traîne à droite, à gauche et me présente ses nouveaux amis...
C’est là que tout commence vraiment. Une grande histoire d’amour. Ma plus grande histoire d'amour