Qui n'a pas lu ou entendu cette petite phrase, si commune et pourtant si anodine " je m'en souviens comme si c'était hier". Elle pèse son poids dans les lymbes de mes souvenirs epars aux quatre coins du monde. Le vent m'a porté le jour où j'ai pris une décision que tant de gens alors trouvaient irrationnelle : "Et si je quittais tout?"
J'étais formatrice en téléphonie mobile. Ou dans le social. Moi, ce qui me plaisait, c'était aller à la rencontre des autres, apprendre à les connaître, apprendre d'eux simplement et leur transmettre la culture d'entreprise, avec tout ce que cela comporte de technique et de savoir faire en relation clientèle. J'aimais ce travail mais à fortiori, du haut de mes 25 ans, je ne faisais pas le poids en crédibilité. Il me fallait me battre pour obtenir une petite prime mensuelle, annuelle, et à mon grand dam, je n'ai jamais gagné ni la confiance de mes pairs ni l'assurance de leur soutien. Souvent, j'avais le sentiment que partir serait le mieux, que peut-être je me trompais de voie. J'aimais mon travail, ces gens que je cotoyais. Puis de restructuration en restructuration d'entreprise, je me suis vraiment demandée ce que je faisais là, si je n'avais pas manqué quelque chose, si tous ceux qui me poussaient à partir n'avaient pas raison de le faire et ce, pour une simple raison, me donner l'occasion d'aiguiser mes propres armes en ouvrant enfin les yeux sur ma vie.
Et sans doute avaient-ils raison, partir a été la meilleure décision de toute ma vie. En trois semaines, fin décembre 2002, je quittais un boulot chèrement acquis, et minutieusement préparais mon envolée pour... le Canada. Visa vacances travail. A l'époque, on n'en parlait pas beaucoup. Je me suis dit que je tenais une chance de conquérir un bout de ce monde où le jugement ne m'atteindrait plus.
Cette préparation a duré longtemps, très longtemps, plus que prévu. Mais en juillet 2003, j'ai rendu les clés de mon appart, fais mes cartons, et dit au revoir à mes parents à l'aéroport.
Ma mère réprimait ses larmes tandis que mon père souriait. Ce n'est pas tant qu'ils soutenaient ma décision. Mais qu'ils espéraient me voir revenir plus vite, quitte à me balancer un "Tu vois, on te l'avait dit". Mes parents sont mes parents. Je connais leurs craintes mieux que les miennes. Je les connais mieux qu'ils ne me connaitront jamais. Ce jour-là, sur l'escalator qui me mène à l'embarquement, je pas me retour ne me suis pas retourner. Ce jour-là, j'ai dit au revoir à une fille qui devait s'accomplir d'elle même et devenir femme. Ce jour-là, j'ai regardé...droit devant.