Barcelone. Je ne me sens pas trop dépaysée de Paris. Le quai de la gare est gris et les gens marchent tête baissée. J'ai hâte de voir le ciel, de respirer au "grand air". De me soulager de ce poids qui me laboure les épaules, et de celui en bout de bras qui commence à miauler à ne plus pouvoir.
On remet cette minute de bonheur à plus tard pour prendre un train en direction de El Masnou et de son camping en bord de mer. La délivrance me semble de plus en plus loin. Tout m'épuise et David qui a toujours l'air aussi serein... Lorsqu'enfin nous sortons et qu'un passant nous explique que le camping se situe à 150m plus haut, j'ai juste envie de pleurer, même si "plus haut" ne signifie pas nécessairement qu'il s'agisse d'une côte. La route nationale rythme nos pas de ses klaxons, de ses petits crissements de pneu, de tout ce qui l'anime en fait. Et la pollution de s'insinuer dans nos sinus. Je suis éreintée. Ce n'est jamais bon signe.
Réception. On se plante dans les hauteurs, en face de la mer. Si belle. Jouvence. Je me sens revivre et j'oublie tout le reste. Milann part en expédition et semble trouver son bonheur au milieu des autres chats. Après une petite douche, je me sens revigorée et avec David, nous partons en quête d'un peu de nourriture. L'endroit est énorme, pourvu de place pour tentes aussi bien que pour camping-car, avec piscine et sanitaires entretenus chaque jour. Nous découvrons au fil des jours l'énorme Barcelone, tout ce qu'elle contient de monuments, d'endroits sympas. Nous oublions de faire la fête. On s'éternise par ici, plus que de raisons, plus que d'envie. Si bien qu'on finit par sympathiser réellement avec nos voisins de tente. Xavi et Judith (prononcez Tchavi et Roudite). Judith nous apprend les rudiments de l'espagnol et à l'occasion, Xavi nous apporte du poisson frais. Xavi est pêcheur. Ses yeux qui brillent comme ceux des enfants se cachent derrière une longue frange ébène et son sourire derrière une barbe épaisse qui rehausse ses petites joues gourmandes. Ah Xavi! Ange magnifique parmi tous ces anges qui ont croisé ma route. C'est le coup de foudre entre les deux hommes. On dirait un père et son fils, deux frères. Deux hommes qui se connaissent depuis toujours. Judith nous raconte d'incroyables histoires. Italienne immigrée en Espagne depuis 27 ans, Judith était institutrice avant de se reconvertir volontairement en femme de ménage dans…les écoles. Eux deux se connaissent depuis tout ce temps et voici qu'ils fêtent seulement leur deuxième mois d'amour… Judith m'émerveille de sa fraîcheur enfantine. Je ne lui donne pas d'âge tant elle est pleine de vie et la dissémine aux quatre vents. Bientôt nous raconte t-elle, ils emménageront dans un village non loin, près d'une église. Car habiter près d'une église est de bon augure selon eux. Nous avons passé du temps avec eux, autant que nous pouvions pour nous donner des forces.
Nous étions contents qu'ils aient trouvé enfin un chez eux. Et, malgré le bruit émanant de la route nationale et du chemin de fer, nous avons préféré à cela nous concentrer sur le bruit des vagues, et flanquer notre tente à l'emplacement stratégique et vide que nos amis avaient laissé.
Et avons connu presque 1 mois durant l'éternel "bonne nuit" du réceptionniste...traduit en 5 langues .