On précipite un peu le départ pour l'Espagne. Il faut dire que mes parents viennent d'arriver à Port Leucate et que nous nous sentons de plus en plus à l'étroit. Nous passons nos journées à nous cultiver, avalons des livres tels le "les frères Karamasov", "le dictateur et le hamac"(que je recommande fortement) et même le dico y passe. L'ambiance est telle qu'on peu l'imaginer dans un duplex sans mur ni porte. Pas d'intimité et sans doute moins encore de grasse matinée. Papa se lève tôt pour aller cherche le pain, préparer le petit déjeuner, puis s'engouffre dans un gros pull, câle sa canne à pêche sous le bras et s'en va vivre ses vacances comme il le conçoit, dans le calme le plus parfait d'une activité que tant d'autres trouveraient rébarbative, voire cruelle (un autre conseil littéraire pour ceux qui ne connaissent pas: "le vieil homme et la mer" de Hemingway). C'est pourtant lui qui nous permet en fin de journée de déguster joyeusement quelques poissons maigres au barbecue.
Maman est toujours aussi peu sereine. Son stress nous envahit au plus profond de nos tripes. On achète nos billets de train Perpignan-Port Bou-Barcelone. On paye 5€ pour le chat. On s'en tire plutôt bien. Jusqu'à ce que... tandis que nous attendions le train à Port Bou, je promenais Milann dans quelques buissons épars. De loin déjà nous entendons les sifflements du train, le vacarme des voitures sur les rails. Je le vois pointer le bout de son nez et considére la distance qui me sépare de David, resté là ou le train est sensé s'arrêter. Il va falloir faire vite, la machine se rapproche, ca va très, je coure, mais il me semble que je cours au ralenti et Milann qui n'a pas voulu pisser...
Le train nous ratrappe, entame sa décélération dans un crissement qui pressurise effroyablement mes tympans. Dans ma course. Arrêt sur image. Le chat vient de me pisser dessus, de trouer la chair de mes épaules nues, dégoulinantes de sueur.
Le train est à l'arrêt 5 minutes. Les gens se retournent, avec l'odeur que je dégage, ils doivent penser que je ne me suis pas laver depuis 10 jours ou plus. Je me marre. Lave mes fringues dans les toilettes. Pour finir le trajet, on s'installe dans le local vélo.
A retenir, Milann déteste les trains. Mais David et moi, on ne retient jamais grand chose, que l'essentiel du bonheur que l'on vit... c'est vous dire.