Chambre 4. La porte est nantie d'un code. J'entre. Six lits superposés. Mal donne, les clés du casier que l'on m'a confiées correspondent au lit 4D. La fille qui l'occupe a ma place pianote incessament sur son portable et après un pseudo 'Hy' adressé au mur, sans même un regard, elle claque la porte. J'hérite avec un soupcon d'amertume du lit 4E, celui du haut... Soit.
Cette entrée en matiere me donne envie de tourner les talons, de filer droit à la voiture, rebrancher la batterie et... j'ai tellement plus encore envie d'une douche chaude, d'une table avec une chaise ou je pourrais écrire, lire, manger ! La voiture attendra. Je deblaye les produits de beauté que ma charmante compagne de chambre a déballé devant mon casier. J'ouvre le cadenas. J'ai l'impression d'être dans un coffre-fort, entourée de femelles qui s'éparpillent tout autour.
Je realise que je suis sans doute un peu maniaque, que ma féminité en a pris un sacré coup depuis la dernière fois où je me suis regardée dans un miroir. Que j'ai perdu le goût des autres.
Ca va passer.
Je descends. Je me familiarise avec le lieu, les gens qui passent devant moi ou à travers moi. Des groupes se sont clairement formés ici: les anglais d'un côté, les quelques autres...de côté.
Comme s'il me prenait une envie subite de pisser, je sors voir 'Tac tac', la voiture. Il faut que je peigne son toit. Il pleut. Ce sera pour un autre jour. J'avais à peine remarqué qu'il faisait déjà nuit. Les étoiles ont perdu de leur eclat. Je suis en ville et dans la tiédeur de ses rues, depuis ses rires déformés par la biere, ses lumières artificielles et ses effluves de pot d'échappement, mon corps m'exhorte à fuir.
Je persévère. La nuit se passe. Réveil incrédule. Où suis-je? Je regarde hagarde le plafond, regarde le lit 4D, retiens ma respiration. Tout le monde dort encore. J'ai besoin d'air.
Perdue dans la foule du marché couvert, un vertige me prend. On me bouscule. Sueurs froides, chaudes, ma vue se trouble. Malaise. Je m'asseois. Je respire doucement, croupie dans un coin comme un animal traqué. Chaque inspiration se fait plus profonde et douloureuse. Je sens pulser la vie dans ma poitrine même si mon cerveau semble être un poids mort. Je suis en Australie. Je souris à cette pensée, pourtant, je le sens plus encore que l'aiguille dans mon sein, la flamme s'éteint déjà, après la fin de ce 4e mois.
L'attente tue le rêve. Et j'attends. Quoi? qui ? pourquoi ?
Je ne sais pas trop, mes 29 ans? ce serait plutôt une bonne chose.
Le retour de Lili... Espérer partir avec elle le plus tôt possible là où il y a du boulot, a 2500 bornes vers le nord, à Broome.
Je me relève. Je me prépare à vivre dans un mois et demi l'une des plus formidables aventures que j'aurais à vivre. Une échappée folle dans les territoires aborigènes du Arnhem land.
On peut toujours rallumer la flamme avec quelques braises.
PS:
- Ce jour la, j'ai retrouve tous mes cd que je croyais perdus. J'ai récupéré toutes mes photos (ma foi, un beau gâchis de lumière que je ne manquerai pas de vous faire partager). J'ai appelé ma grand-mère maternelle pour lui dire que je l'aime. J'ai eu des nouvelles de 3 amis que j'aime beaucoup: Patrice, Pierre-Gilles et Youcef
Ce jour-là, j'ai reposé les pieds sur la terre. J'ai pleuré. Suis tombée 4 fois et me suis relevée 5.
Ce jour-là, je me suis promis de ne plus jamais tomber en Australie... parce que quand meme, ca fait mal merde !
PS bis:
- Vous me manquez beaucoup et mon chat aussi