Ca ressemblait à une longue marche dans le désert. Pas comme un endroit aride où survivre est un vrai miracle si on est livré à soi-même, assoiffé, affamé, grillé comme le poulet l’est au four.
Désert comme un une ville fantôme où j’étais seule. Où tout semblait mort et où la poussière sonnait le glas d’un moment à l’autre.
Je me laissais vieillir. Je laissais couler la vie sans rien pouvoir faire. Je n’avais envie de rien. Ni de mourir. Ni de vivre. Ni de manger. Ni de boire. Je ne savais plus sourire. C’est comme si j’avais marché longuement avec un trou dans la poitrine, le c½ur clouté dans la main droite et que pas une seconde je me sois demandé comment il était encore possible de respirer. L’Amour est une souffrance inutile mais nécessaire. Nous sommes tous des sados-masos !
Il y avait juste un vieux rêve qui trainait. J’avais 7-8 ans à l’époque, quand il me l’a mis sous les yeux. J’étais sur ses genoux. Rare moment. Moment si précieux. J’avais là sous les yeux le prétexte pour colmater l’absence du père et me coller à lui infiniment. J’aimerais la photo, c’était décidé et le joujou que mon père chouchoutait était en lui-même un émerveillement instantané chaque fois qu’il le sortait du placard.
Me suis offert mon premier appareil en 1994, après un contrat de 3 mois comme apprentie goinfre au rayon boulangerie de Carrefour. J’ai engraissé l’entreprise en délestant ses rayons d’un boîtier Canon argentique EOS 500 !
Quatorze ans plus tard, les joues un peu plus émaciées, un but fixe en tête, je me suis rendue au Studio 23. L’une des rares écoles de photographie à Genève. Ce serait un cours d’initiation pour commencer. Je savais le chemin long. Les autres cours suivraient. Plus il y en aurait, plus je me laisserais du temps pour remonter la pente. M’accrocher à quelque chose. M’en foutre de tout mais réaliser ce rêve. Ne plus faire de la photo. Faire LA photo. Je n’avais plus peur non plus. Vous savez ces rêves dont on parle trop souvent et qu’on ne réalise jamais par peur de ne pas y arriver. Par peur de la déception. Juste parce qu’on ne sait pas de quoi on est capable. Et plutôt que de réaliser un rêve, réaliser qu’on est qu’une merde sans nom.
Je m’en foutais. Je voulais juste faire. Et sans doute arrêter de me considérer comme une merde sans nom qu’on a jetée comme une pomme trop abîmée, gâtée.
J’ai fait un pas. Un seul. Dans la salle de cours.
Je vous ai rencontrés et c’est con, j’ai les larmes aux yeux. Depuis vous, j’ai fait des kilomètres dans ma tête et sur terre.
Je le dois à ce petit pas. Et à cette foutue faim de voyages que j’ai laissé m’envahir comme si mon âme avait repris spontanément possession de mon être… le jour où nous sommes allés boire notre premier verre ensemble. Le guide de survie. Le prof reporter de guerre. Hahahaha!!!! comment ne pas se sentir comme une merde?
Mais la main s’est tendue et pour une fois, je ne me suis posé aucune question. La main s’est tendue, elle était ferme et rassurante. C’était la tienne Lobo. Et quand je l’ai saisie, j’ai su que j’avais eu raison. Que c’était le bon choix. Faire partie de ta vie est sans doute l’un des plus grands bonheurs de ma vie. Le jour où tu partiras en Amérique du Sud pour ne plus revenir, j’aurais encore l’air d’une foutue merde sans nom. Mais il me restera peut-être cet autre ami qui te voue une admiration et un respect sans borne: Celui qui contre toute attente, m’a ouvert son c½ur et qui prend un temps infini à reconstruire le mien. Grâce à toi et Patrick, le rêve se réalise et n’en reste pas moins un rêve.
Je voudrais juste vous dire comme je vous aime tous les deux.
L’année est passée et elle a été l’une des plus belles de ma vie. Merci.